Sommaire de la fiche
Vous êtes employeur et un salarié en CDI vous a fait part de son souhait de négocier une rupture conventionnelle, ou vous envisagez vous-même cette solution pour mettre fin à une collaboration. Ce dispositif, ni licenciement ni démission, repose sur un accord mutuel et un consentement libre et éclairé des deux parties. Sa mise en œuvre exige de respecter une procédure codifiée, avec des étapes et des délais stricts. Une erreur de forme ou un vice de consentement peut entraîner l'annulation de la convention par l'administration ou le juge prud'homal. Voici le détail de ce que vous devez savoir pour sécuriser chaque étape.
Qui peut prétendre à une rupture conventionnelle et dans quelles conditions ?
Le dispositif concerne exclusivement les salariés titulaires d'un contrat à durée indéterminée. Les salariés en CDD, en contrat d'intérim ou en contrat d'apprentissage sont exclus de ce cadre. La période d'essai constitue également une limite : la rupture conventionnelle ne peut pas être conclue pendant cette phase. Si vous souhaitez mettre fin à la collaboration à ce moment-là, il faut passer par la rupture classique de la période d'essai.

Le champ d'application est plus large qu'on ne le croit souvent. Une rupture conventionnelle peut être conclue pendant une suspension du contrat de travail : maladie, accident du travail ou maladie professionnelle, congé de maternité, congé parental ou encore congé sabbatique. Les difficultés économiques de l'entreprise ne font pas non plus obstacle à la conclusion d'une rupture conventionnelle individuelle. En revanche, dans ce contexte, la vigilance s'impose : le dispositif ne doit pas servir à contourner la procédure de licenciement économique. Si vous utilisez la rupture conventionnelle pour vous séparer d'un salarié en évitant vos obligations de reclassement, la convention risque d'être requalifiée en licenciement sans cause réelle et sérieuse.
Certaines situations sont totalement exclues. La rupture conventionnelle est nulle si elle est conclue dans des conditions frauduleuses ou sans accord réel entre les parties, par exemple si le salarié a subi des pressions ou des menaces. Elle est également impossible lorsqu'elle s'inscrit dans le cadre d'un accord collectif de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC), d'un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) ou d'un accord collectif portant sur la rupture conventionnelle collective.
Comment initier la procédure et organiser l'entretien ?
Le point de départ de la procédure est simple : aucun formalisme n'est imposé pour la demande de rupture conventionnelle. Le salarié peut en faire la demande oralement, lors d'une entrevue ou par téléphone, ou par écrit, par courrier ou par mail. Vous n'avez aucune obligation de répondre à cette demande, même si elle est réitérée plusieurs fois par lettre recommandée avec accusé de réception. Cette liberté de refus vaut dans les deux sens : vous pouvez proposer une rupture conventionnelle à un salarié sans qu'il soit tenu de l'accepter.
Si la procédure est engagée, un entretien est obligatoire. La loi n'impose aucune forme particulière pour la convocation du salarié, mais il est vivement recommandé de formaliser l'invitation par écrit afin de garder une trace de la démarche. Rien n'oblige à respecter un délai entre la convocation et l'entretien, ni entre l'entretien et la signature de la convention. La convention peut d'ailleurs être signée au cours même de l'entretien.
L'entretien sert à définir les conditions de la rupture : la date de fin de contrat et le montant de l'indemnité spécifique versée par l'employeur. Ces éléments sont indispensables pour rédiger la convention. Le salarié peut se faire assister durant l'entretien. S'il choisit cette option, vous pouvez alors vous aussi vous faire assister. Les règles d'assistance varient selon la présence ou non de représentants du personnel dans l'entreprise. Si le salarié fait appel à un conseiller, la convocation doit le mentionner expressément.
Quels sont les délais à respecter après la signature ?
La signature de la convention ne met pas immédiatement fin au contrat. Elle ouvre une période de rétractation de 15 jours calendaires, pendant laquelle chacune des parties peut revenir sur son accord. Ce délai court à compter de la date de signature de la convention. Pendant cette période, vous ne pouvez pas solliciter la validation de l'administration : il faut attendre l'expiration du délai.
Une fois le délai de rétractation expiré, la convention doit être transmise à l'administration. La demande d'homologation s'effectue auprès de la Direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS), via le téléservice dédié. L'administration dispose d'un délai d'instruction de 15 jours ouvrables à compter de la réception de la demande complète. Ce délai est suspendu si l'administration vous adresse une demande de complément d'information : il recommence à courir à la réception des éléments manquants.

Le silence de l'administration à l'issue du délai d'instruction vaut homologation. La fin du contrat de travail intervient au jour fixé dans la convention, qui ne peut pas être antérieur à la date d'homologation. En pratique, il est prudent de prévoir une date de fin de contrat postérieure à la date prévisible d'homologation pour éviter tout décalage.
Le tableau ci-dessous récapitule les étapes clés et les délais associés :
| Étape | Délai / Condition |
|---|---|
| Demande de rupture conventionnelle | Aucun formalisme, aucune obligation de réponse |
| Entretien(s) | Au moins un entretien obligatoire |
| Signature de la convention | Possible dès l'entretien |
| Délai de rétractation | 15 jours calendaires à compter de la signature |
| Demande d'homologation | Après expiration du délai de rétractation |
| Instruction par l'administration | 15 jours ouvrables, silence valant homologation |
| Fin du contrat | À la date fixée dans la convention, après homologation |
Quelles précautions prendre pour éviter les recours ?
Le risque principal d'une rupture conventionnelle réside dans la contestation ultérieure par le salarié. Les motifs d'annulation les plus fréquents sont le vice du consentement et la fraude. Pour sécuriser la procédure, la qualité de l'entretien est déterminante. Il doit permettre de vérifier que le salarié adhère librement à la rupture, sans pression ni contrainte. Un compte rendu d'entretien détaillé, signé par les deux parties, constitue une protection utile en cas de litige.
La convention de rupture doit comporter certaines mentions obligatoires. Elle doit notamment préciser le montant de l'indemnité spécifique de rupture conventionnelle, qui ne peut pas être inférieur à l'indemnité légale de licenciement. Le montant de cette indemnité dépend de l'ancienneté du salarié et de son salaire de référence. Une erreur de calcul peut entraîner le rejet de la demande d'homologation ou une action du salarié pour obtenir un complément.
Autre point de vigilance : l'absence de toute période d'essai en cours. Si le salarié est encore en période d'essai, la rupture conventionnelle n'est pas possible. Il faut attendre la fin de cette période ou recourir à la rupture classique de l'essai. Enfin, méfiez-vous des situations où la rupture conventionnelle pourrait être considérée comme un contournement de la procédure de licenciement économique. Si vous êtes en difficulté et que vous envisagez des ruptures conventionnelles multiples, l'administration examinera attentivement les motifs et les garanties accordées aux salariés.
Que faire si l'administration refuse l'homologation ?
L'administration peut refuser l'homologation si elle estime que le consentement du salarié n'est pas libre, si l'indemnité est insuffisante ou si la rupture intervient dans des conditions frauduleuses. En cas de refus, la convention est nulle et le contrat de travail se poursuit. Le salarié reprend son poste et vous devez lui verser les salaires dus depuis la date de fin de contrat initialement prévue, à moins qu'il n'ait été licencié ou démissionnaire entre-temps.
La décision de refus d'homologation peut être contestée devant le juge administratif, dans un délai de deux mois à compter de sa notification. Si vous estimez que le refus est infondé, cette voie de recours existe. En pratique, un refus d'homologation reste rare lorsque la procédure a été correctement menée et que l'indemnité respecte le minimum légal. L'essentiel est de ne pas précipiter les choses et de vous assurer que chaque étape a été franchie dans les règles.
Avant d'engager une rupture conventionnelle, prenez le temps de vérifier que vous disposez de tous les éléments : ancienneté exacte du salarié, salaire de référence, montant de l'indemnité. Un simulateur officiel d'indemnité est disponible sur le code du travail numérique, ce qui permet de sécuriser le calcul. La rupture conventionnelle est un outil efficace pour mettre fin à un CDI dans un cadre apaisé, mais elle exige une application rigoureuse de la procédure. Un seul oubli peut transformer une séparation négociée en contentieux coûteux. Si vous avez le moindre doute sur la situation particulière de votre salarié, consultez un conseil juridique avant de signer quoi que ce soit.



